Samedi 4 juillet 2009

Le 22 juin

Après la moitié de la nuit dans le bus, nous arrivons à Puno. Il est 2h du matin, nous quittons le bus encore endormies, complètement gelées, ayant hâte de se recoucher dans notre chambre d’hôtel. Mais le sort en a décidé autrement…

Nous attendons quelques minutes dans le terminal, les yeux rivés sur la soute du bus, notre guide discutant avec le péruviens déchargeant les valises, il y a quelque chose d’anormal mais nous sommes trop loin pour comprendre ce qu’il se passe.

Finalement notre guide vient nous expliquer la situation… la soute est vide… et nous n’avons pas nos valises pourtant enregistrées bien à l’avance, tout comme il fallait avant de partir !

Direction le bureau de la compagnie dans le terminal de bus, nous apprenons que nos valises étaient restées à Arequipa mais qu’un autre bus va nous les apporter plus tard dans la matinée. Ça commence bien !

C’est donc un peu inquiètes, dépitées, épuisées et frigorifiées que nous prenons un taxi. L’avantage c’est que pour une fois on n’est pas du tout encombrées, nous avons toute la place nécessaire pour s’étaler et somnoler un peu.

Arrivées devant l’hôtel, nouvelle frayeur… les grilles et les portes sont totalement fermées !! Décidément nos nerfs sont mis à rude épreuve… Après quelques minutes à chercher une sonnette, notre guide fini par trouver et réveille le garde de l’hôtel qui met un temps fou à venir nous ouvrir. C’est avec soulagement que nous prenons possession de notre chambre.

N’ayant rien avec nous nous allons devoir dormir habillées, mais nous trouvons qu’il fait étrangement froid dans cette chambre spacieuse. Après  un rapide examen des lieux, il s’avère que nous ne disposons d’aucun système de chauffage, pas de volets, de simples voiles en guise de rideaux et Julia même testé la douche gelée. Sur concertation nous décidons d’optimiser notre seule source de chaleur dans cette ville où il fait -10°C la nuit, ainsi nous prenons un lit pour deux, heureusement pour nous il est double ! Mais en vain, malgré nos vêtements, écharpes, bonnets, chaussettes… rien ne permet de réchauffer ce lit glacial…

La nuit fut courte, nous devons nous lever à 6h pour être à l’heure au bateau qui nous fera traverser le lac Titicaca. Allant de surprise en surprise nous découvrons qu’il est impossible d’obtenir notre petit déjeuner à cette heure si matinale. Nous gardons notre calme mais notre guide sent rapidement au son de notre voix qu’il faut qu’il fasse quelque chose car après cette nuit glacée nous avons besoin de quelque chose de chaud. Nous voilà donc partis à arpenter les rues du centre dans le but de trouver un restaurant d’ouvert proposant des petits déjeuner… autant dire que la tâche n’est pas facile ! Mais on fini par trouver un petit déjeuner occidental !! Pour une fois j’ai le droit à un vrai chocolat chaud, humm ça faisait longtemps !!! Avec notre jus de banane, c’est un pur régal, ceci dit nous avons tellement perdu de temps que nous ne pouvons pas nous éterniser au chaud. Nous devons courir au bus nos tartines à la main ayant à peine eu le temps de déguster notre tasse de chocolat…

Arrivés au bateau, notre guide me fait la surprise de m’offrir un sandwich aux œufs sur le plat, afin de compléter ce petit déjeuner express.

7h15 top départ, le bateau quitte le port et nous profitons des côtes magnifiques durant quelques heures. Les herbes se reflètent dans le lac au pied des falaises, contrastant avec le bleu marine de l’eau et les ocres des montagnes. Petit à petit Puno disparait derrière nous et nous sommes au milieu de l’eau, le Titicaca est calme, nous avons de la chance d’après le guide, en cette période des glaces (et oui il fallait qu’on choisisse cette période…) normalement les vagues sont très grosses. Ainsi nous pouvons admirer le reflet impeccable des montagnes dans le lac. Le Titicaca est si profond et bleu qu’on se croirait en pleine mer quelques petits canards nous accompagnant. Ce lac est le plus haut du monde navigable, il est gigantesque, le plus grand d’Amérique du Sud, partagé entre une côte Bolivienne et une côte Péruvienne. En quelques chiffres, 8 562 Km2, 3 810m d’altitude, 284m de profondeur, ça fait rêver !




Soudain une étendue de paille apparaît dans notre ligne de mire, nous nous dirigeons droit dessus. Mais qu’est ce qui peut bien être aussi lumineux en plein milieu de l’eau ?




Une île ! Une des îles Uros, dites du Soleil. Les habitants de ces îles sont appelés les Uros. Elles sont fabriquées à partir de roseaux flottants, disposés en quinconce sur des blocs de racines flottants. Les habitants y construisent des maisons de roseaux et vivent en famille, une île par famille. Ils subsistent grâce à leur pêche, avec leur célèbre poisson la Trucha, ainsi que de leur artisanat qu’ils vendent aux touristes car leurs îles sont devenues des étapes touristiques incontournables. Ainsi nous avons débarqué sur l’une de ces îles, où l’on nous a expliqué tout le mode de vie et les techniques utilisées par ce peuple pour amarrer leur île avec des piquets plantés dans le lac afin de ne pas avoir des maisons amovibles et de se réveiller un jour au Pérou, le lendemain  en Bolivie…

Ces familles vivent loin de la civilisation et possèdent leur propre structure, elles ont conservé leur culture et cherchent à conserver leur identité sans calquer les coutumes européennes. Seule l’école est en castillan, entre eux ils ne parlent que le Quechua.  




C’est une superbe rencontre, très émouvante, nous sommes éblouies par la beauté et la simplicité de ces hommes et femmes qui nous accueillent chez eux chaleureusement. Puis l’un d’entre eux nous fait monter sur l’une de leurs embarcations, des sortes de jonques en totora (jonc tressé) à base leur plante principale, le Quinua. Cette plante leur sert à tout, construire leurs maisons, leur île, leurs bateaux et même manger. À l’intérieur on trouve un fruit qu’ils appellent banane, malheureusement je ne peux pas vous dire si ça en a vraiment le goût. Il est fortement déconseillé aux européens d’en consommer, car n’ayant pas été habitués dès l’enfance, notre estomac est dans l’impossibilité de le digérer. Afin d’éviter une intoxication nous préférons suivre ce conseil…

Nous partons donc durant quelques minutes pour faire une petite croisière entre les îles flottantes puis nous reprenons le cours de notre voyage sur le lac Titicaca, laissant derrière nous ces îles magiques.




À présent nous voilà en direction de l’île de Taquile, à ne pas confondre avec la Tequila comme nous l’a fait remarquer notre guide… Cette fois il s’agit d’une île naturelle, les paysages me rappellent étrangement la Grèce, avec les côtes escarpées, les chemins très caillouteux, les grands eucalyptus qui nous offrent un parfum délicieux une fois débarqués.

Ici tout est construit en terrasses afin de profiter au maximum des terres et de s’adapter au relief. Malgré l’altitude et l’aridité les gens vivent de leurs productions, et bien sûr de leur artisanat. Leur fabrique d’alpaga est classée patrimoine de l’UNESCO.




Nous sommes donc partis en randonnée sur cette superbe île afin de grimper jusqu’au village, de découvrir sa place principale et son grand magasin de produits artisanaux. Rapidement nous sommes comme sur un petit nuage, l’altitude et les efforts nous font planer, c’est très agréable comme sensation, un peu comme les effets de l’alcool. Mais je ne suis pas malade, juste bien… J’ai l’impression d’être au sommet du monde, les paysages sont magnifiques, les couleurs chatoyantes, on se sent Vivant !! C’est incroyable comme tous les sens sont en éveil à cette altitude !

À présent il est temps de se rendre à notre restaurant pour un repas bien mérité. Au menu petite soupe de quinoa, trucha grillée et crèpe accompagnée d’un thé de muña (sorte de menthe poivrée). Une fois rassasiés nous avons droit aux explications du guide, l’histoire de l’île, son organisation… C’est extraordinaire, ces personnes vivent complètement en autarcie, ils ont leur propre système politique, juridique et social. Ici il n’y a pas de police, les problèmes se règlent à l’amiable entre personnes du village. Toute l’administration repose sur des bonnets… plutôt original mais apparemment efficace ! 14 chefs, reconnaissables à leur bonnet noir sont chargé de régler les problèmes de la société, ils sont désignés pour un an et tous les habitants en on la charge au moins une fois dans leur vie.

Ensuite, afin d’éviter les problèmes, les enfants se marient à 14 – 15 ans et le divorce est interdit. Ils vivent alors dans leur propre maison et obtiennent un terrain pour y construire leur famille. Les personnes aux bonnets rouges sont mariées et celles aux bonnets blanc et rouge sont célibataires. Tout l’argent gagné par la population est versé à une caisse commune et chaque dimanche il est redistribué aux familles équitablement. Ici chacun contribue à faire vivre ses concitoyens. Les gens s’arrangent entre eux lorsqu’ils ont besoin de main d’œuvre pour un quelconque travail, que cela soit de l’artisanat ou au champ, il n’y a pas de métier attitré.

C’est à 16h que nous sommes de retour à Puno, il fait à nouveau très froid, nous avons eu la chance d’être en plein soleil toute la journée, c’était très agréable. Mais à présent nous croisons les doigts pour que nos valises soient à bon port car nous avons vraiment besoin d’un pull et d’une doudoune ! Et oui à Arequipa il faisait tellement beau que nous n’avions qu’un petit gilet sur nous…

Arrivés au terminal de bus nous retrouvons enfin nos valises, pleines de poussière, ne me demandez pas pourquoi je n’en sais rien, elles sont peut être venues à pieds qui sait… vu le temps qu’elles ont mis à arriver ! Nous nous empressons de nous couvrir et partons à la recherche de notre prochain bus, direction Cuzco. Et là encore une grosse frayeur…

Par hérisson
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